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4 ans de suite  l’eau jusqu’aux lèvres au Sud Ouest du Bénin : désormais une réalité à cause du changement du climat…

AFFOYAOFranois.JPGFrançois Affo Yao travaille à la commune d’Athiémé (un partenaire de PROTOS) au sud ouest du Bénin. Un homme d’expérience en agriculture et personne de ressource en ce qui concerne l’environnement : « Entre 1947 et 1995 la rivière Mono a causé 5 grandes inondations. A partir 2005 ils sont devenus annuelles. Nous perdons à chaque fois une partie des récoltes. Le calendrier agricole  est déformé à cause de la pluviométrie changeante. Normalement nous avons deux saisons de pluies. La production agricole dans la petite saison sèche risque de disparaitre. Mais aussi pendant la grande période de pluie le rendement est sous pression, ceci à cause des crues.  Les régimes de bananiers sont de plus en plus petits, les tubercules de manioc pourrissent sur pied.  Ajoutons à cela que les rouets et ponts sont balayés.  Des maisons et mêmes des quartiers entiers ont été engloutis : les hameaux de Kpadéhoué et de Badagbohoué ont disparus. Le hameau de Handjivi par exemple devient une île à chaque crue ».


Explication scientifique


Dans leur document technique VI Climat et eau les scientifiques du GIEC disent : «Il est très probable que l’intensité des précipitations s’intensifiera presque partout, mais surtout dans les régions tropicales et les latitudes les plus élevés. Les pluies extrêmes augmentent en comparaison avec la précipitation moyenne. »  
‘Très probable’ veut dire dans ce document plus de 90% de certitude !
Ceci s’explique de façon logique : par la compilation des gazes à effet de serre, la température sur terre a augmenté de 0,7° déjà pendant le siècle dernier.  Par 1° Celsius d’augmentation il y a  3% d’évaporation et d’évapotranspiration des plantes en plus.  Toute cette vapeur se condense quelque part, et à coté du fait qu’il pleuve plus fort, ce vapeur condensant amène plus d’énergie dans l’air.  De là qu’en général les pluies intenses sont accompagnées de plus de vents.  Le nombre de  tempêtes et cyclones augmentent. Nous serons confrontés avec plus d’inondations et de dégâts par les tempêtes, aussi bien au nord qu’au sud.  Seulement, l’impact de ces phénomènes sera beaucoup plus grand au Sud que chez nous, puisque le sud est plus vulnérable.

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L’irrégularité des saisons pluviales : une catastrophe pour les agriculteurs au Bénin

FANGNINOUGeorges.JPGMonsieur  Georges FANGNINOU  est  né  en  1966 dans la commune d’Aplahoué située dans le département du Couffo au Sud Ouest du Bénin.  Il est un exploitant agricole semencier.

« En réalité, pour ce que j’ai constaté dans la commune d’Aplahoué et notamment dans la localité de MATEKPE où j’ai mes plantations et champs divers, les pluies n’étaient pas  irrégulières au cours des années 1970-1980 et les semis pouvaient se faire en mars. Mais aujourd’hui il faut boucler les semis en mai comme c’était  le cas cette année. Quand on a par exemple une seule pluie au cours des mois de mars ou d’avril, peut on dire qu’il y a assez de pluie pour un agriculteur et mieux pour un semencier ? Ces régimes de précipitations sont vraiment insuffisants pour assurer les besoins des plantes en eau. Cette discontinuité des précipitations est préjudiciable aux différents stades de croissance des cultures. »

« Les conséquences de cet état de choses sont horribles pour nous. Le rendement du maïs, qui est principalement cultivé ici, baisse considérablement. Au lieu de trouver 3 à 4 tonnes à l’hectare en temps normal de régularité des pluies, on s’en sort à peine avec une tonne à l’ha. Ces réalités sont des situations auxquelles, je me suis confronté. Et il en est de même pour la majorité des paysans de notre zone de production. »

Explication scientifique

Dans le Sud du Bénin, il y une tendance depuis quelques années que « la petite saison des pluies » en mars-avril-mai diminue, et que dans « la grande saison des pluies » d’août vers octobre, les pluies sont beaucoup plus intenses.  Mr. Fangninou parle dans son témoignage de « la petite saison des pluies ».

Dans leur document technique VI Climat et Eau, les scientifiques du GIEC écrivent dans leur projections pour agriculture des récoltes :  « Cependant, dans des régions de bas-latitude, même augmentations modérées de la température (1-2°C) sont susceptibles d'avoir des impacts négatifs de rendement pour les céréales importantes. » 
« Is likely to » ou « susceptible à » veut dire dans ce document plus de 66% de chance.

Pour les agriculteurs qui font de l’agriculture dépendant des pluies, l’irrégularité dans les saisons pluvieuses a des grandes répercussions.  Et une saison des pluies qui ne vient pas est néfaste.

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Loin des négociations de Durban, l'inquiétante avancée du désert malien

Pour Modibo Keita, le responsable est déjà trouvé. Un phénomène d'une telle violence ne peut venir que de « Dieu ». Depuis plus de deux mois, aucune goutte de pluie n'est tombée. Tous ses champs de millet au sud du Mali sont secs. Mais ce que prend ce pieux musulman du village de Berenimba pour un caprice d'Allah, résulte pour les experts de profonds changements climatiques.

Réunis à Durban en Afrique du Sud pour la 17e conférence des Nations unies sur le changement climatique, politiciens et scientifiques du monde entier s'organisent difficilement pour éviter une catastrophe climatique.

Une conférence bien tardive pour les paysans maliens comme Modibo Keita.
En passant devant ses cultures, cet agriculteur de 37 ans détourne le regard. Il ne supporte plus la vue de son champ à l'agonie.

« Les plantes devraient être vertes et épanouies, avec des épis bien remplis et lourds. Au lieu de cela, elles sont toutes sèches.
Les bonnes années, je récolte huit tonnes. Cette fois-ci, ce sera au mieux deux tonnes. Je sais déjà que l'année prochaine nous allons souffrir de la faim ».

Ce père de six enfants exprime à haute voix ce que les organisations humanitaires maliennes ne peuvent pas (encore) dire.
Famoury Jean Kamissoko, expert climatique de l'ONG Stop Sahel, indique :

« Cette année, la saison des pluies est arrivée beaucoup trop tard et elle s'est arrêtée trop tôt. Officiellement, seul le gouvernement peut proclamer une famine imminente. »

L'organisation se bat contre l'avancée du Sahara vers le Sud. Jusqu'à présent avec peu de succès.

« Le désert croît. Durant les vingt dernières années, la zone d'aridité s'est déplacée sur près de 200 kilomètres vers le Sud. C'est l'effet du changement climatique. »

Pendant que les récoltes se dessèchent à Berenimba, à quelques kilomètres de là, Balandougou est une véritable oasis de verdure. Il y a quatre mois, Stop Sahel a inauguré dans ce village un barrage, grâce à un don du Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement.
Pour Ladji Coulibaly, membre du comité de l'eau du village :
« Sans ce barrage, nos animaux seraient déjà morts depuis longtemps avec cette sécheresse ».
Mais la bénédiction pourrait devenir une malédiction, redoute Kaim Diakite, 76 ans :

« Si les gens du Nord apprennent que nous avons encore de l'eau, ils pourraient affluer en masse. Ce serait le début de tensions, car il n'y en a pas assez pour tout le monde. »

Réfugiés climatiques

Les jeunes rêvent de partir. Comme Moussa Traoré, ils pourraient être nombreux à devenir des réfugiés climatiques sous peu. « Je suis un agriculteur. Mais sans pluie, nul ne peut être un agriculteur », lance le jeune homme de 26 ans.
Il veut maintenant gagner suffisamment d'argent dans une mine d'or pour acheter son billet de bateau pour l'Espagne ou la France. Traoré n'a pas de passeport, ne parle ni espagnol, ni français. Mais il est convaincu qu'en Europe, il pleut souvent et qu'il peut gagner beaucoup d'argent comme ouvrier dans une ferme.
Morissimo Diallo, une jeune fille de 15 ans, souhaite aussi fuir le Mali.

« Il n'y a pas eu de pluie cette année, la récolte a été si mauvaise que mes parents n'avaient plus les moyens de m'envoyer à l'école. »

Et les prévisions ne sont pas bonnes. Jan Urhahn, expert climatique à la confédération internationale Oxfam, met en garde :

« Au Mali, les températures vont probablement continuer à grimper à l'avenir et les précipitations diminuer. La production céréalière pourrait tomber de 30%. Le changement climatique pourrait donc défaire les progrès péniblement grappillés ces dernières décennies dans la lutte contre la pauvreté mondiale. »

De nombreux Maliens sont amers de souffrir d'un phénomène qu'ils n'ont pas provoqué. Au Mali, près de la moitié de la population survit avec moins de 1,2 euro par jour. Le pays n'émet que 600000 tonnes par an de CO2, soit plus de mille fois moins qu'un gros producteur comme l'Allemagne.
Pour faire face aux conséquences de ce changement climatique, le gouvernement malien a élaboré un plan ambitieux. Mais les moyens manquent. Depuis que le colonel Mouammar Kadhafi - l'un des rares soutiens financiers de Bamako - a été renversé, l'argent afflue encore moins.

Pour Kamissoko :

« Les sommets de Copenhague et Cancún nous ont déçus. Il y a eu de grandes promesses des pays industrialisés pour compenser les conséquences du changement climatique. Mais pour l'instant, rien ne se passe. Nous espérons que Durban sera différent. »

Selon les estimations, près de 30% des enfants souffrent déjà de malnutrition. La Commission européenne vient de débloquer près de dix millions d'euros supplémentaires pour combattre la faim dans la région du Sahel.
Selon l'Union européenne, sept millions de personnes au Mali, Niger, Tchad, Mauritanie, Nigeria et Burkina Faso souffrent de la faim suite aux mauvaises récoltes. 

Source : http://www.rue89.com/rue89-planete/2011/12/10/loin-des-negociations-de-durban-linquietante-avancee-du-desert-malien

(Philippe Hedemann)

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